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Réflexion sur des mesures transformatrices pour la transition agricole

 

 

Certaines pratiques mises en œuvre au sein du système alimentaire contribuent à des problèmes de santé publique et à la perte de biodiversité. Fournir une alimentation en quantité et qualité nutritionnelle suffisantes à des prix accessibles pour tous et toutes est un enjeu collectif partagé.  

 

L’objet de cette note est de discuter des enjeux de politiques publiques, d’identifier les verrous et les leviers, de donner des clés pour initier un « changement transformateur » sur la question des pesticides en France, et plus généralement sur les mesures de la transition agricole et écologique. 

 

L’usage des pesticides en Europe est un des éléments d’un triptyque socio-technique composé de la culture sélective des plantes, des intrants de synthèse et de l’utilisation de machines agricoles. Ces éléments sont interdépendants : changer un élément, tel que les pesticides, est donc difficile et impliquerait un changement transformateur des différents éléments du système.  

 

Les messages-clés

 

Pour pouvoir opérer ce « changement transformateur », plusieurs pistes sont creusées dans ce document :  

  • Réajuster par des subventions différentiées, les prix des produits alimentaires en fonction de leurs impacts. Le prix est le principal critère d’achat des consommateurs, il est important de rétablir le juste prix de l’alimentation, intégrant les externalités comme la pollution. Cela permettrait de ne pas inciter les plus défavorisés à consommer les produits les plus riches en pesticides, impactant la santé des humains et des écosystèmes.

  • Encourager les pratiques favorables à la biodiversité, à la santé humaine et à la protection des ressources naturelles par des subvention aux pratiques vertueuses permettant de rendre la transition agricole économiquement viable. La déconnexion entre la rémunération et les impacts sur la santé et la biodiversité constitue un cercle vicieux qui diminue la résilience des agriculteurs et affecte la santé globale.

  • Ne pas considérer seulement l’indicateur rendement et réfléchir à la viabilité économique et à la résilience des exploitations utilisant la régulation biologique comme la lutte contre les ravageurs. Le risque de perte de rendement en réduisant les pesticides peut constituer un obstacle majeur au changement de pratique. Or diminuer les pesticides n’est pas toujours synonyme de baisse de rendement, mais permet toujours de réduire les charges des exploitations, avec souvent de meilleures marges brutes.

  • Mettre en place un affichage environnemental clair sur les produits alimentaires pour mieux informer les consommateurs aux impacts écologiques et sanitaires de leur alimentation, réduisant ainsi les risques d’exposition aux pesticides.

  • Préserver l’intégrité des écosystèmes dans les paysages agricoles est essentielle pour la résilience des cultures. Des incitations pour diversifier la végétation intra-parcellaire, complexifier les paysages, favoriser son intégrité écologique et sa multifonctionnalité sont indispensables.

D’une économie de la biodiversité à une économie de la conservation de la biodiversité

Or comme le souligne une opinion coordonnée par l’économiste Harold Levrel D’une économie de la biodiversité à une économie de la conservation de la biodiversité, pour être réellement efficace, cette démarche nécessite une véritable révolution copernicienne des stratégies qui sont associées à cet objectif. L’Opinion invite nos dirigeants à passer d’une « économie de la biodiversité » à un « projet économique de conservation de la biodiversité ». Pour cela, les objectifs de conservation de la biodiversité, tels qu’ils sont mentionnés dans les textes légaux, doivent être envisagés comme le point de départ des réflexions en matière de transition écologique des secteurs économiques, ce qui nécessite une certaine refonte des outils de régulation et d’évaluation économique. Comme l’avait déjà affirmé l’Ipbes dans son évaluation mondiale de la biodiversité, revisiter l’économie et ses fondements est la condition nécessaire pour entrer dans « le monde d’après ».

 

L’opinion est disponible dans les ressources téléchargeables ci-dessous. 

Ne tirez pas sur les chauves-souris !

Le séquençage du virus de Wuhan suggère que ce dernier est proche de coronavirus que l’on trouve chez les chauves-souris même si d’autres mammifères peuvent transmettre ce type de virus, comme cela a été le cas avec le SRAS, dont des formes proches ont été retrouvées chez des chauves-souris Rhinolophes, mais qui aurait probablement été transmis à l’Homme par des civettes vendues sur les marchés de la province de Guangdong (Cyranoski, 2017). Une étude controversée (Ji et al., 2020) suggère aussi qu’un serpent pourrait être à l’origine du virus de Wuhan. Mais la communauté scientifique a exprimé son scepticisme, considérant que les betacoronavirus, groupe auquel appartient le virus du SRAS et le virus de Wuhan, ne sont trouvés que chez les mammifères. Plus récemment le rôle des pangolins comme hôte intermédiaire du virus a été mis en avant, mais là encore la communauté scientifique est en attente d’une publication (Cyranoski, 2020). L’hypothèse la plus probable est donc que le virus de Wuhan provient initialement d’une chauve-souris.

 

Ce constat n’est probablement pas étonnant car ce groupe de mammifères s’avère constituer un réservoir assez extraordinaire de virus susceptibles de se transmettre à l’Homme. Il suffit de regarder la littérature récente sur les zoonoses (maladies transmises par les animaux aux Hommes) pour s’en convaincre. Des chauves-souris sont notamment à l’origine du virus d’Ebola (Buceta & Johnson, 2017) et de Marburg (Kurth et al., 2012), d’une large diversité de Coronavirus en Afrique et Asie (Tao et al., 2017 ; Lacroix et al., 2017) ; elles peuvent transmettre le virus de la rage (Alegria-Moran et al., 2017) et d’autres lyssavirus (Nokireki et al., 2017), le virus Hendra fatal pour les chevaux et les humains en Australie (Smith et al. 2014), etc. En Europe, des chauves-souris sont des réservoirs d’adénovirus (Rossetto et al., 2020), de paramyxovirus (la famille qui inclut les virus Hendra et Nipah) (Kurth et al., 2012) et de lyssavirus (Schatz et al., 2014 ; Nokireki et al.,2017, Šimić et al., 2018). Alors qu’il existe deux fois moins d’espèces de chauves-souris que de rongeurs, on identifie pratiquement autant de virus chez les premières que chez les derniers, un même virus pouvant infecter en moyenne deux fois plus d’espèces de chauves-souris que de rongeurs (Luis et al., 2013). Comme cela a été montré récemment par Rossetto et al. (2020) dans le cas des adénovirus, il existe des différences importantes entre les espèces pour ce qui est de la prévalence des virus, certaines s’avérant négatives alors que chez d’autres jusqu’à 40 % des individus peuvent être positifs.

Alors pourquoi une telle situation, qui remet au premier plan le vieil antagonisme entre les humains et les chauves-souris à l’exemple de la première page récente du quotidien 20 minutes associant l’image d’une chauve-souris frugivore avec les mots « sauvage » et « virus » ?